Blog de la folie ordinaire



lundi 15 mars 2010

Liste ch’ti : une campagne “à l’arrache”

François Coussemens est directeur de la communication de la liste Ch’tis.

Une première pour ce quadragénaire branché plus habitué au monde de l’événementiel qu’à celui de la politique. Il a accepté ce nouveau défi parce que François Dubout, la tête de liste, est un “ami proche”. Et pour cause, François Coussemens est l’agent artistique de “Nénesse”, nom de scène de François Dubout, comique à la ville.

Mission compliquée pour cette campagne lancée il y a à peine cinq semaines. Pas de QG, pas de directeur de campagne, ici « tout le monde se débrouille à l’arrache ».

Le conseil régional, pilier financier de la culture ?

Chaque année, le conseil régional attribue des subventions aux associations culturelles et aux salles de spectacles du Nord-Pas de Calais. Les projets et les publics sont différents, et les montants des subventions du conseil régional tentent de s’adapter à ces spécificités. Des événements voient le jour grâce aux subventions pendant que des salles déplorent un manque de suivi. Tour d’horizon.

Ivan Renar est sénateur communiste du Nord, ancien vice-président du conseil régional chargé de la Culture et vice-président de la Commission des affaires culturelles du Sénat. Il explique le processus et les critères d’attribution des subventions accordées par le conseil régional. Il pointe un problème de taille :

« Le problème, c’est l’ampleur du budget. On est dans une impasse une fois sur deux parce qu’il n’y a pas assez d’argent au conseil régional pour financer correctement toutes les structures. »



« L’intérêt public ». C’est ce qui a poussé des cafés-musique du Nord-Pas de Calais à fonder le Réseau Raoul en 1996. Depuis, la structure a fait du chemin. Elle regroupe 17 adhérents très différents : de l’Aéronef, salle lilloise de 2000 places au Baladin, estaminet et gîte de groupe situé à Torcy. Les adhérents sont tous autonomes financièrement. Le Réseau Raoul est une « plateforme de réflexion où s’effectue une mutualisation des compétences », explique François Jolivet, coordinateur du Réseau Raoul.

Des initiatives rendues possible grâce aux subventions régionales


Le Réseau Raoul a reçu 26 000 euros du conseil régional (pour un budget total de 55 000 euros). Cette manne financière a permis d’organiser des événements comme The Euro Regional Music Meeting (Termm) en novembre dernier. Une journée de réflexion entre professionnels du secteur qui a regroupé français, belges, danois, portugais, hongrois, croates, hollandais et espagnols.

Le Réseau Raoul mène d’autres activités avec l’argent du conseil régional : actions culturelles avec un public particulier (jeunes en difficulté, population carcérale…), accompagnement de groupes régionaux en début de carrière (La Jonction, Luminocolor, Yolk…), campagne de sensibilisation aux risques auditifs, formation des adhérents,…

Les grandes salles qui trustent les subventions au détriment des plus petites ? La comparaison est facile et un peu rapide. François Jolivet s’explique :

« Je ne veux pas créer de faux débat. Il est normal qu’un lieu qui peut accueillir 2000 personnes reçoive plus de subventions qu’un lieu qui ne peut en accueillir qu’une centaine. »

Les petites salles « incomprises »


Même son de cloche au Biplan, association culturelle créée en 1998 et qui combine un théâtre de 80 places et une salle pouvant accueillir 100 personnes. « Je n’en veux pas aux grosses structures parce qu’on n’a pas le même public. Nous sommes un laboratoire de musique et de théâtre », affirme André Denimal, président et directeur du Biplan.

Pourtant, André Denimal est amer. Il a reçu 8 000 euros du conseil régional (pour un budget d’environ 300 000 euros). Insuffisant, selon lui. Il reproche au conseil régional un « manque de vision dans l’avenir et un manque d’encouragement dans la politique de démocratisation de la culture (qu’il) mène ».

L’importance accordée à l’événementiel par le conseil régional irrite également le directeur du Biplan. « L’événementiel c’est bien, mais la pérennité d’un projet est aussi très importante. Le Biplan, c’est 300 concerts par an et près de 200 pièces de théâtre », détaille André Denimal.

Avec plus d’argent, André « dormirait mieux ». Il restaurerait les locaux, organiserait un festival et pérenniserait les emplois. Soixante bénévoles et quatre salariés (dont trois Contrats d’accompagnement dans l’emploi) travaillent au Biplan. « Une employée nous a quittés parce que je ne pouvais pas transformer son CAE en CDI, faute de moyens », déplore-t-il.

Les élections régionales ? André Denimal n’en attend rien : « En pleine campagne électorale, aucun politique n’est venu nous voir pour connaître notre projet ». Plus que des subventions, il réclame de l’attention. « Je ne me sens pas abandonné mais il y a un manque de compréhension entre nous et le conseil régional », insiste-t-il.

Marcel, son orchestre et sa campagne électorale

Marcel et son engagement politique, la suite !

Franck Vandecasteele, chanteur-leader de « Marcel et son orchestre », troque perruques et bas résilles pour un costume plus sérieux, celui d’homme politique. Il est inscrit sur la liste du Front de gauche d’Alain Bocquet. Histoire de son engagement politique, rapports avec le Parti Socialiste, il détaille sa jeune vie d’homme politique.

Marcel et son orchestre : un artiste en politique

Vingt-cinq ans de carrière, 400 000 disques vendus, le groupe « Marcel et son orchestre » est une institution de la région Nord-Pas de Calais. Le chanteur-leader Franck Vandecasteele est inscrit sur la liste du Front de Gauche d’Alain Bocquet. Position fragile de l’artiste engagé en politique, risque de se couper d’une partie de son public ? Il enlève ses chaussures et répond à nos questions.

dimanche 28 février 2010

Webradio : Latitudes 8.5



Bac à sable radiophonique des étudiants de la 85ème promotion de l'ESJ, "Latitudes 8.5" est une émission bi-mensuelle. Aujourd'hui c'est l'enfance qui est mise à l'honneur.
Bonne écoute..!!

tilidom.com

Comment la SNCF gagne de l'argent sur le dos des voyageurs



Modèle économique secret, opacité des tarifs, communication minimale,... Tous les moyens sont bons pour rentabiliser les lignes TGV, au détriment des usagers.

« Les tarifs SNCF, c'est un peu comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. » Dans le TGV Paris-Lille, Pierre, jeune actif, préfère en sourire. Il prend régulièrement le train du dimanche soir, à 18 h 58, mais ne paye jamais le même prix. « Je réserve mon billet sur Internet entre une et deux semaines à l'avance, avec ma carte 12/25. Aujourd'hui, j'ai eu un billet à 25,50 euros. Parfois c'est plus, parfois moins ».
Dans la voiture, on compte huit tarifs différents pour dix usagers. Julien, étudiant, a payé 19 euros grâce à sa carte 12/25. Contrairement à Pierre, il a acheté son billet au guichet et à la dernière minute. L'argument de la SNCF, « Plus vous réservez tôt, moins cher vous payez », en prend un coup. Les lignes à grande vitesse en France, c'est d'un côté, des millions d'usagers perdus - et perdants - dans le labyrinthe des tarifs. De l'autre, 900 millions d'euros de bénéfices pour le TGV en 2008. Le fruit de wagons d'astuces, tirés par la locomotive du rendement, qui laissent les voyageurs à quai.

Le yield management, locomotive d'une machine rentable
La France est le pays avec le meilleur taux de remplissage en Europe au niveau des grandes lignes (77 % en 2007). Le succès économique du TGV repose sur le yield management (management du rendement). Né dans la sphère de l'aviation, « le yield management permet de moduler le prix du siège suivant la période et l'horaire du voyage et le fait varier en temps réel en fonction de la demande », détaille la SNCF.
Mis en place depuis 1993, il succède au tarif kilométrique et optimise le taux de remplissage. En 2007, la SNCF passe à la vitesse supérieure : il faut maximiser le prix payé par chaque passager. Nouvelle politique et nouveau découpage. La SNCF crée trois catégories de prix : Prem's, Loisir et Pro.
Les tarifs Prem's, les moins onéreux, sont ni échangeables ni remboursables. La gamme Loisir s'adresse à des voyageurs occasionnels. Les billets de la gamme Pro, les plus chers, permettent de bénéficier de services en gare et à bord du train (échange, remboursement). Cette segmentation dessert l'usager : en 2008, « le prix moyen d'un billet de TGV est de 42 euros, soit 2 % de plus qu'en 2007 ».
Les tarifs sociaux et les cartes de réduction demeurent et l’usager ne s'y retrouve plus. Et pour cause, la SNCF cherche à brouiller les pistes.

Des wagons d'astuces
Premier wagon : on rend le système opaque. La SNCF a créé un service spécifique - et très discret - le Centre d'optimisation commerciale (COC). Cinquante ingénieurs statisticiens définissent à l'avance la répartition des places selon les trois catégories de prix. Une fois les billets mis en vente, ils suivent en temps réel l'évolution des réservations. Forte demande ? Le statisticien réduit le contingent de places Prem's. Faible demande ? Il augmente le nombre de places à petits prix. Le but est assumé : « faire de la SNCF une entreprise rentable en jouant sur les prix pour stimuler les ventes ».
Le Conseil d'Etat a été saisi en 1993 sur la compatibilité entre service public et yield management. Il a donné raison à la SNCF mais lui a demandé « de respecter l'obligation d'information du public, imposée par son cahier des charges ». Un rapport du député UMP Hervé Mariton (2008) rappelle la SNCF à son devoir de service public financé par les contribuables et souligne que « le consommateur a le droit de comprendre. » Le service communication de la SNCF rétorque : « ce qui intéresse les usagers, c'est de connaître approximativement le prix de leur billet, pas le fonctionnement complexe du COC ».

Hervé Mariton avance sept propositions, dont la mise en place d'un prix médian affiché au moment de l'achat, « impossible à mettre en place », selon la SNCF. « Au vu de la façon dont la SNCF présente ses tarifs, on ne sait jamais si on a obtenu le meilleur prix », regrette Jean Lenoir, de la Fédération nationale des usagers des transports (FNAUT).
Depuis, la SNCF a réagi. Elle a publié fin 2008 des guides voyageurs avec des fourchettes de tarifs. Mais elles sont larges : pour un Paris-Lille en seconde classe, le tarif loisir oscille entre 25 et 55 euros.

Deuxième wagon : on supprime des lignes. En 1993, une ligne TGV s'ajoute aux dessertes quotidiennes en train Corail entre Paris et Lille. Les usagers gagnent une heure mais paient plus cher (164 francs pour un Corail contre de 207 à 301 francs pour un TGV, soit une hausse de 26 à 80% - tarif niveau 1). En 2000, la ligne Corail disparaît. « Le maintien de deux offres en parallèle imposait de débloquer des fonds pour renouveler le matériel Corail », justifie la SNCF. Depuis 2007, les nouveaux tarifs SNCF tiennent compte de la concurrence des vols low-cost. L'entreprise a donc baissé ses prix sur les longs trajets, mais pas sur le Paris-Lille.

Troisième wagon : on retire des rames. Pour optimiser le taux de remplissage, la SNCF réduit le nombre de rames. Serge Poiraud, responsable CGT du Collectif technique exploitation, constate que « la SNCF est en sous capacité totale. Pire, le manque de rames en période de vacances oblige le voyageur à différer son départ ou à payer les plus hauts prix. »

Quatrième wagon : on étend les périodes de pointe. Pour Arnaud de Blauwe, rédacteur en chef adjoint de l'UFC Que Choisir, « les périodes de pointe grignotent peu à peu du terrain. Il s'agit d'une véritable hausse déguisée ». Jean Lenoir, de la FNAUT, va plus loin : « Entre 2007 et 2009, le nombre de TGV qui circulent en période de pointe a augmenté de 8 %. »

Cinquième wagon : on discrimine les usagers. Si Internet permet de constater en temps réel l'évolution des tarifs, son accès n'est pas universel. Il n'est pas possible pour tous de différer son départ pour des tarifs plus avantageux. Deux points qui amènent Hervé Mariton à évoquer une « prime à la débrouillardise ».

Sixième wagon : le surbooking. On vend une place « selon disponibilité » au prix de la place souhaitée. La SNCF mise sur l'absence de certains voyageurs au départ du train et vend plus de places que n'en contient une rame. Stéphane passe tout le trajet Paris-Lille debout, dans la voiture bar. Il a pourtant payé 33 euros avec sa carte 12-25. Et il s'emporte : « Il faut arrêter de prendre les gens pour des jambons ».

Il est un secteur où les prix sont fixes : les amendes. Dans le Paris-Lille de Pierre, Julien et Stéphane, le tarif de base est fixé à 55 euros, majoré de dix euros (25 euros si le fraudeur ne vient pas à la rencontre du contrôleur). De quoi nous « faire préférer le train ».